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1988 and beyond
ecrits entretiens
ruminations
.  

ruminations
1988-89

autour de
la pureté
1992

jardin jaune
1993

je suis le monde
(litanie)
1994

sous les pas
du penseur

1995

fancy pink
(le champ de
la peinture)
1996

écrits simples et indéfendables
1998

 

| La promenade habituelle, seule acceptable. Chercher son chemin astreint le visage à des expressions contrites Croisant un de ces visages nous porte à l'espoir de le voir sourire. Espoir mystique s'il en est.

| Toute pensée véhicule en son sein le virus qui l'épuisera

| On peut voir chez le primitif le premier pas vers l'avant tout primitif.

| Tout est question de formulation. Y compris les bredouillements

| Simulation, poésie de l'effacement.

| Ne pas penser l'œuvre d'art par ordre croissant, ou décroissant, ou même d'inertie.

| Non pas une œuvre nulle, ou même amusante; un objet transportant une quantité non mesurable d'inutilité.

| Un soupçon, un souffle, un pet.

| Tentative d'étalonnage du nul ... un travail de romain.

| Nulle question, mais le mouvement propre au questionnement; inlassable.

| Nuit d'insomnie ; à deux doigts de l'illumination, et mis en échec par un simple moustique.

| L' instant, seul sans attache. S'exercer à sa fascination comme on exerce un métier.

| L' instant maintenant le gouffre... L'instant, infini jusqu'au dernier.

| La réalité porte l'idée d'action.
Le réel quant à lui est une masse ; amorphe.

| Des œuvres agrippées à la réalité, pesant jusqu'à sa chute vers le réel.

| Nulle œuvre, nulle parole que sa propre exclamation ne précipite dans la précarité.

| N'ayant trouvé aucun cheval de bataille digne d'être enfourché, je me retrouve fantassin. À cet endroit, nulle pierre sur laquelle s'asseoir, nul sol où s'allonger. J'opte donc pour l'exploration du pas grand chose restant dans lequel je déambule au hasard.

| Côtoyant une idée ou une cause, vient le moment de la rencontre avec sa contradiction qui n'est pas moins digne d'intérêt, d'autant que toutes deux sont vouées à la disparition. Ainsi élaguant, je me retrouve submergé par la fascination d'un phénomène qui apparaît sous la forme d'un tel syndrome, qu'il ne peut relever que de la mécanique du questionnement ; de la question ordinaire et extraordinaire.

| Cheminant en compagnie du doute. Rude tâche qui n'œuvre ni en matière de progression, ni de régression, pas plus qu'en matière d'inertie.

| C'est par le doute que j'arrive à fabriquer quelques œuvres. Ce faisant, j'en viens à douter du doute lui même, et à ne plus rien faire. Assurément, ces œuvres que je n'ai pas réalisées sont les meilleures; transparentes jusqu'à la clarté.

| Peut-on comparer des qualités de doute ? Il m'arrive de penser que celui qui m'assaille n'est pas de la meilleure trempe, voire insignifiant... Il m'apparaît alors dans sa plus grande souveraineté.

| La voie du doute me semble de loin la plus juste. Il arrive qu'elle me procure un peu de sérénité Bonheur insupportable.

| À son paroxysme, le doute laisse la place à une certitude d'une telle souveraineté que l'envisager relève d'un effort sysiphéen.

| Commencer par douter du bien fondé de toute croyance, finir par douter sans objet approcher le Dieu d'avant toute création.

| Ne pas apprécier mes œuvres relève de l'inconscience ou de la piété.

| Le vocabulaire contemporain a substitué le mot pièce à celui d'œuvre d'art, assignant au créateur le devoir de mettre en pièces.

| Grille-Pain D'une certaine manière, la dynamique interne d'une œuvre relève de la mécanique.

| Peut-on imaginer une pomme s'élevant d'elle même dans les airs? Avant Newton, les pommes tombaient déjà des arbres. Qu'est-ce donc qui a changé depuis la découverte de la gravitation?

| Non pas l'écriture d'une pensée, mais l'expérience du doute.

| L'expérience du doute, écriture sympathique.

| Là où il ne se passe rien, au moment où rien ne se passait, je me sentis de trop.

| Le déroulement de la phrase...
l'enroulement plutôt.

| Mécanique tournoyante, sens giratoire.

| L' œuvre, objet pense bête, répondeur téléphonique de l'ennui.

| L' art, l'errance sur le territoire d'un langage informulable.

| Je ne suis qu'un douteur de plus.

| L' art est un palliatif. L' œuvre, un moment de lucidité que l'on n'a pas pu saisir, faute de posséder le langage à même de le déchiffrer. En résultent des tentatives de formulation basées sur des systèmes de comparaisons, de contradictions, révélant l'écart qui, lui, demeure inviolé.

| L' œuvre, c'est l'échec, l'instant insaisissable, le summum de l'ignorance.

| Avancer vers l'inconnu, sans but, jusqu'à ce que la marche soit piétinement à l'orée d'un gouffre se dérobant à chaque pas. De même que l'instant repousse le futur et relègue le passé dans le maelström où mémoire et imaginaire se chevauchent et s'épuisent...
Façonner la patience.

| L' impatience est née de l'insupportable gratuité de la vie. Elle a engendré la patience et la sagesse dont elle reste maîtresse. La patience : l'éternité concentrée dans l'instant, l'abolition du temps.

| Le temps du doute, la porte ouverte sur la lucidité et l'effroi. Bonheur insupportable!

| Malaxer. L'esprit fouille là où la main malaxe.

| Ces bricoles qui étayent la pensée, sont ce des fragments ou des débris ?

| Pétez devant un chef-d'œuvre ; il ne vous en tiendra pas rigueur.

| Un ouvrage de pensée ne devrait comporter aucun chapitre de plus de deux pages. L'écriture d'une pensée ne doit compter que sur peu de mots afin que son contenu puisse se mêler au brouhaha du quotidien et s'en repaître.

| Cherchant la poésie la plus dure, la sonorité du grésillement Irritations.

| Des œuvres toujours nouvelles pour nous distraire de l'ennui, pour rompre l'emprise de l'habitude qui nous révèle tels que nous sommes. Illusions doucereuses que nous échangeons volontiers contre de plus fraîches.

| "Pierre taillée, pierre polie". Je pensais faire tailler dans un roc le mot Bonjour Quelle présomption de mettre un tel mot dans la bouche d'une pierre. Je me rends compte aujourd'hui avec effroi que le mot gravé ne peut être que : Au revoir.

| Dans un tel état d'anxiété, fabriquer des choses sans importance.

| L' inspiration tarie Divine invitation à la somnolence.

| On dompte en soi l'animal par l'esprit, et l'esprit par la dérision.

| L' art : l'exercice de la vision... des visions !

| On n'apprend la vie qu'en en fréquentant les agacements.

| Une passion, poussée à son paroxysme, perd de son intensité et de sa vigueur face au ridicule que cette poussée engendre.

| L' entière liberté de création rend la pensée à ce point étale qu'il s'en faudrait de peu qu'elle en devienne insupportable. Par bonheur, nos complexes veillent au grain.

| Hors de l'eau, une sirène qui ne perd pas son charme n'est qu'une supercherie.

| Lorsqu'un grand homme meurt, ses proches le perdent au profit de la mémoire collective. Une bonne raison de préférer les morts aux vivants : à défaut de partager le temps d'un grand homme, chacun peut jouir de son souvenir.

| J'ai commencé à douter le jour où, réfléchissant sur la création, je me suis pris pour Dieu. Depuis, je ne cesse de douter Que dois-je en conclure ?

| Qui me dira ce que l'homme construit ?

| Si les enfants n'avaient pas une taille si petite, jamais ils n'aspireraient à ressembler à leurs aînés.

| Qui n'a pas connu les affres du désespoir ou de la gloire, n'a vu de la vie qu'un leurre.

| L'esprit est par nature lié à l'art. Les œuvres seules sont périssables.

| Aucun jugement qui ne tienne plus longtemps que la réserve d'eau d'un chameau.

| Nulle œuvre n'est à l'abri d'une canicule.

| Quelles armes plus dévastatrices que les félicitations.

| Lettres de félicitations.

| Il y a deux façons de se cultiver : l'une, qui sied aux salons, est de remplissage. L'autre se fait par épuisement.Par gambit diraient les joueurs d'échecs.

| Ce qui fait l'approbation générale est toujours suspect.

| Avoir le désir, la rage de réaliser une œuvre grandiose, et trébucher sur le premier écueil, celui qui met en pièces toute pensée : la vanité.

| Perversité de la pertinence : son effet soporifique.

| Encore un jour, où, agité d'enthousiasmes de passage, je n'ai rien accompli.

| Quel soulagement de constater que l'univers n'a pas su choisir entre matière et anti-matière.

| Nous devons tout à l'homme des cavernes : la peinture, le musée, et la peur.

| Notre peur de l'homme est telle que nous nous réfugions dans l'admiration du premier clown ou du premier prestidigitateur venu.

| Le monde meilleur, c'est pour demain.

| La fulgurante capacité d'invention de l'homme pour s'éviter lui même. Jusqu'au miroir pour s'en excuser.

| Malheur à celui qui devient homme.

| Les causes suprêmes et leurs effets sont à tel point hors de notre portée que nous tirons fierté du moindre bricolage.

| Les mots sont si lourds qu'il m'est facile d'imaginer la fin de l'homme : la tête clouée au sol.

| Parfois, j'aspire à exploser, à me désintégrer. Même ainsi je ne serais qu'un pet comparé à un typhon... Mais quel pet !!

| Qui a douté redoutera.

| Là où le doute est à l'œuvre, le vague reflue en catimini.

| L' homme descend d'un être monocellulaire. L'art, lui, remonte à Adam et Eve.

| L' art comme une pilule de cyanure, à effet immédiat. Mais l'art n'est pas ainsi ; il y a un effet, mais ça se dilate, c'est tenace, on lui survit au moins jusqu'à ce qu'on meure d'autre chose.

Toulouse 1988-89